Lorsque j’étais enfant, le 119

Lorsque j’étais enfant, l’école nous (la classe) avait averti de l’existence de nos droits (d’enfants) et aussi du numéro 119, mais lorsque je suis rentrée chez moi et que j’ai abordé le sujet avec mes parents, ils m’ont fait comprendre ne pas aller me plaindre, ni de leur attirer d’ennuis.
Je me souviens en avoir parlé à d’autres adultes et ils trouvaient toujours une excuse aux parents (les miens) et m’accusaient moi et m’ordonnaient ou me conseillaient d’être plus sage. Que c’était d’ailleurs la seule solution.

Ces petites remarques, que j’ai subi comme pression à chaque fois que j’aborderai le sujet avec eux, à chaque fois que je subissais des violences et que j’exprimais mes droits à voix haute devant eux :
« Hahhahah mais essaye donc d’appeler le 119 et tu verras bien qu’ils vont te rire au nez »
« Hahhaha mais toi tu n’es pas battue quotidiennement au fouet donc ce n’est pas de la maltraitance »
« Si tu savais comment c’est chez les autres, estime toi heureuse, tu as bien de la chance! Regarde autour de toi, tes jouets, etc »
« Tiens vas-y Kirstin prends donc ce téléphone et appelle… et mets le haut-parleur hein!, je reste à côté, je sens que je vais bien rire en entendant leurs réactions »
« Raconte leur ce que tu veux [toutes les violences] mais n’oublies pas de préciser que tout ça a commencé parce que tu as refusé de (ranger/faire tes devoirs/etc). »
Je n’ai donc jamais été capable de téléphoner (pourtant j’ai eu pleins de fois de moments seule à la maison) car j’avais peur de trahir mes parents et de leur attirer des ennuis et j’avais peur que les adultes au téléphone se moquent de moi, puisque c’est ce que mon père avait dit qu’il arriverait, et que ma mère ne l’avait jamais contredit (qui ne dit mot consent).

C’est vraiment difficile de se rappeler avoir été seule contre tous ces adultes. De savoir au fond de soi que quelque chose cloche, que c’est injuste, mais que tout le monde a l’air de trouver ca normal, et pire : m’accuse en disant que c’est de ma faute.
De se confier, se plaindre et d’entendre comme seule réponse : ils font de leur mieux, eux aussi ont leurs problèmes, comporte toi mieux.

C’est devenu un running Gag dans la famille, à tel point qu’absolument toute ma famille rigolait aux grands éclats devant moi (style en repas de famille) quand ils évoquaient le fait que j’ai voulu appeler le 119 quand j’étais enfant. (Hahhhhahaha… très drôle /s).
J’avais 27 ans la dernière fois que c’est arrivé. Et c’est là que j’ai dit Stop.
J’aimerais pouvoir me sentir légitime de m’exprimer. Et surtout tomber sur des personnes qui ne banalisent pas les violences subies.
Aujourd’hui (j’ai 28 ans) et ce genre d’oppressions adultistes m’ont empêché de m’exprimer toute ma vie (devant eux, c’est une chose), mais aussi de façon générale, j’ai toujours eu du mal à confier ce que j’ai subi, je pense que c’est une peur inconsciente de ne pas être entendue (par les « adultes ») ou comprise, ou pire méprisée, rejetée etc.

Et désormais je vous ai VOUS. Alors MERCI.

Je ne cesserais plus jamais de parler.

ENSEMBLE, LA SOLUTION C’EST NOUS!

YES !