Réagir aux VEO en société

Ça fait déjà un moment que je cherche plein de moyens, plusieurs approches différentes pour réagir aux VEO en société (quand je dis « en société », je pense notamment à l’aire de jeux et aux magasins car c’est là que nous y sommes le plus confrontés, puisque nous sommes en IEF et en télétravail donc c’est déjà conséquemment réduit dans notre quotidien). Je veux réagir aux VEO en société :
d’une part •pour mes valeurs• car je veux changer le monde, créer du lien et servir de témoin secourable/lucide/éclairé et/ou d’exemple pour un maximum de personnes que je croise sur mon chemin
et d’autre part •pour l’exemplarité• avec mes enfants et pour mon Enfant intérieur, je veux leur montrer que la VEO n’est justement jamais « ordinaire », jamais « normale », et que quand quelqu’un est en danger immédiat on agit pour le protéger… quand on est nous-même suffisamment en sécurité, quand on a nous-même suffisamment reçu d’empathie et d’écoute au quotidien pour pouvoir en redistribuer, quand nos ressources et notre énergie nous le permettent, on peut aussi agir sur des petites choses en semant des graines. J’ai déjà testé plusieurs approches et à force d’essais, j’essaye de voir sur quel point, comment, et avec quelle intention j’agis. Et quand ça rate, j’essaye de voir comment j’aurais pu l’éviter et comment je pourrais améliorer mes interventions pour les prochaines fois. C’est souvent compliqué parce que je dois interpréter le comportement des gens, puisque la plupart des gens n’expriment pas leurs besoins avec des mots… J’ai souvent essayé des phrases-bateaux comme « ça a l’air difficile pour vous aujourd’hui » mais ça ne fonctionne pas toujours car mon intention peut paraître jugeante. (Ça a aussi fonctionné avec certains parents cependant donc pourquoi pas). J’ai en tout cas compris quelque chose qui m’a aidé et que j’applique maintenant à chaque fois : Je dois d’abord observer avant d’agir, et adapter mon discours en fonction de qui est en face de moi. Je ne peux pas me contenter d’avoir la même approche à chaque fois, c’est vouer à l’échec, car chaque contexte, chaque parent, mérite une intervention différente, en fonction de là où il en est dans son cheminement.

Je vous retranscris une scène parmi tant d’autres, encore et toujours à l’aire de jeux : il n’y avait que notre famille pendant un long moment dans cette aire de jeux. On se sentait en sécurité et je n’avais pas envie que l’arrivée d’une autre famille vienne briser ça (comme ça a été souvent le cas). De manière générale, j’observe une forte insécurité chez mes enfants (généralement ils s’arrêtent de jouer, sont sidérés), quand des enfants subissent des VEO juste à côté d’eux et que nous (les adultes censés protéger) restons impuissants, inactifs. Je sais donc à l’avance que je vais devoir réagir si je veux garantir cette sécurité à mes enfants et si je veux rester intègre avec mes valeurs. Alors j’essaye toujours d’aller aux aires de jeux, ou faire les courses, quand mes propres besoins sont remplis, quand j’ai été assez écoutée et que j’ai reçu assez d’empathie dans mon quotidien, car je veux être capable d’en donner aussi (de l’empathie et de l’écoute) pour pouvoir réagir sereinement.
(J’ai déjà essayé dans des moments où j’ai zéro ressource et c’est rarement productif, même plutôt l’inverse, puisque je laisse mon enfant intérieur-en colère- parler à ma place, ce qui fait fuir les parents ou les rend agressif en réponse, logique…). J’ai aussi remarqué que la simple présence d’un autre adulte de confiance me rassure et me permet de me sentir en sécurité pour réagir sereinement.

Une autre famille est donc arrivée dans ce parc. Un couple avec un enfant d’environ 3 ans. Il prononçait très peu de mots (en tout cas sur le temps où je l’ai vu). L’enfant courait partout, restait peu de temps sur chaque activité, ses parents (qui avaient l’air comme « stressés à l’avance de ce qui pourrait arriver ») le suivaient constamment, le corps de l’enfant fuyait constamment ses parents (sûrement par peur des limites et contraintes injustifiées, qui ne faisaient pas sens et venaient s’opposer à son besoin de liberté, d’expression et de mouvement). Les parents réagissaient différemment au comportement de leur enfant, en fonction de s’ils pensaient être vus (par nous) ou non. Quand ils pensaient être vus, ils utilisaient remontrance et isolement. Quand ils pensaient ne pas être observés, ils n’accompagnaient pas, ne disaient rien, laissaient faire l’enfant (négligence et ignorance font aussi violence mais je m’écarte du sujet principal). J’ai donc déduit qu’ils ressentaient de la honte et sur-réagissaient par peur (peut-être une peur sociétale du style « on va penser que mon enfant est mal élevé, on va gêner les gens »). L’enfant allait toujours sur les jeux où mes enfants se trouvaient aussi (ce qui agaçait beaucoup mon aîné que j’ai accompagné et protégé car il ne souhaite surtout pas être interrompu dans une activité -car sinon il doit tout reprendre du début…- par contre ma fille de 3 ans était ravie, elle appelait même l’enfant « l’ami » et a essayé plusieurs fois de communiquer avec lui, d’initier des jeux… mais il était peu réceptif et passait au jeu suivant). L’enfant allait souvent se coller à mon conjoint ou à moi. Sans dire un mot. Juste il nous observait. Ou il touchait un peu à nos sacs, à nos jouets (on avait emmené plein de trucs puisqu’on est sorti presque toute la journée). Mon fils de 5 ans et moi étions au jeu de « Morpion » en bois (voir photo) et l’enfant est venu rapidement, par derrière le jeu, pour bouger tous les morceaux du Morpion ce qui a modifié et donc arrêté notre partie en cours. Mon fils a crié (frustration + surprise). Le père de l’enfant est venu le récupérer en le prenant dans ses bras, en lui disant « non non non laisse ça ». La scène s’est reproduite plusieurs fois sur plusieurs jeux. A chaque fois les parents avaient comme réflexe de l’écarter de nous (pour ne plus nous gêner j’imagine) et de le ramener à « leur » banc – où y’avait leur sac et leur poussette.
La mère a aussi voulu l’empêcher de remonter le toboggan à l’envers. Mes enfants l’ont fait aussi et j’ai rigolé aux grands éclats quand ils l’ont fait « owww vous arrivez à monter par là ». La mère m’a observé. Plus tard, mon conjoint a ouvert son sac pour sortir 2 biscuits pour nos enfants. L’enfant d’environ 3 ans est allé voir le sac de mon conjoint. Il a commencé à toucher, essayer d’ouvrir le sac pour mieux voir dedans. Mon conjoint a essayé de savoir le besoin de l’enfant ou s’il avait une demande. Il a acquiescé avec sa tête et demandé un gâteau avec ses yeux, à mon conjoint. Mon conjoint a jeté un regard vers les parents (dans l’intention de se renseigner au niveau des allergies alimentaires etc) mais avant même qu’il pose son intention et exprime sa demande, la mère a dit que « d’habitude c’est non car sinon il ne mange pas le soir… Mais OK exceptionnellement c’est oui… car pour qu’il arrête de vous coller, … je ne vois pas d’autres solutions. » (Elle est gênée.) Je marmonne un truc du style « oh ça c’est pas un souci pour nous (qu’il nous colle) ». Mon conjoint donne donc un biscuit(emballé). L’enfant regarde mon conjoint comme pour dire « ouvre le moi ». Mon conjoint regarde la mère comme pour demander l’autorisation, la mère acquiesce. Mon conjoint ouvre l’emballage du biscuit. L’enfant prend le gâteau et le croque. La mère dit à son enfant de dire merci à mon conjoint. L’enfant ne répond pas, est sidéré, arrête de manger. Je dis « nan nan c’est bon, on n’a pas besoin qu’il le dise, c’est OK, c’est normal il est jeune ». La mère a donc arrêté d’insister, a laissé son enfant près de notre banc, et est allé voir son conjoint et lui a dit « ooooh la la ! il a encore demandé des gâteaux à des gens ». Son conjoint se lève de son banc, avec une démarche rapide, et vient récupérer leur enfant qui était toujours collé à nous. Il s’excuse et me dit : « roooh il fait toujours ça (d’aller aborder les gens) et ça m’énerve ! Je dis « oh c’est normal je le comprends ! ça lui a bien donné envie (les biscuits) ! ». Et le père dit aussi encore (comme sa femme juste avant) : « il ne mangera pas ce soir ». Je dis « oui ça nous arrive aussi, après tout ». Le père acquiesce et retourne à son banc. L’enfant ne suit pas ses parents. Je fais un grand sourire en acquiesçant vers les parents comme pour dire « c’est OK pour nous qu’il reste là, il ne nous gêne pas ». Les parents le laissent donc jouer près de nous et s’écartent un peu.
L’enfant (sûrement pour se libérer les mains et pour garder son gâteau propre) pose son biscuit sur notre serviette (on avait une serviette pour sécher le toboggan mouillé : jour de pluie). La mère a vu la scène, elle se lève tout de suite, très gênée, et dit « oooh il fait toujours des bêtises » (sous-entendu parce que le biscuit risque de salir notre serviette) je dis « pas de soucis , c’est juste une serviette qu’on se sert pour essuyer le toboggan, on s’en fiche qu’elle reste propre ou qu’elle soit salie… ce soir dans tous les cas elle ira à laver… Et c’était bien vu son idée c’était pour garder le gâteau propre pour aller jouer »
Elle a fait un sourire. Son corps s’est relâché.

Tout le reste du temps, les interactions entre enfants ont été plus sereines car à chaque fois que l’enfant se rapprochait de nouveau dans « notre » espace, je faisais des grands sourires. La mère n’avait donc plus besoin d’avoir honte puisque je ne la jugeais pas et que d’extérieur elle a bien vu que j’avais l’air d’apprécier la présence de l’enfant. En repartant elle nous a remercié avec un grand sourire en nous fixant longuement dans les yeux et en disant « merci… pour le gâteau… »…. puis a coupé, s’est retournée et est partie. C’était un très grand merci « juste pour un gâteau » alors j’aime me laisser penser que ça pouvait vouloir dire « Merci de ne pas nous avoir jugés », ça me donne de la force et une motivation supplémentaire pour continuer. Si vous avez envie de partager aussi vos interventions dont vous êtes assez satisfait.e.s, je vous lirais avec grand intérêt et m’en inspirerais pour les prochaines fois. Je vous invite à rejoindre le groupe facebook « Enfances Épanouies : In’Formation sur les Violences Éducatives Ordinaires. ».